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Le développement du télétravail

  • Session : 2011-2012
  • Année : 2012
  • N° : 281 (2011-2012) 1

Question écrite du 23/02/2012

  • de BOLLAND Marc
  • à ANTOINE André, Ministre du Budget, des Finances, de l’Emploi, de la Formation et des Sports
Selon une enquête effectuée par Jobat, 16% des Belges font régulièrement du télétravail contre 68% qui n’en font jamais. Pourtant, 56% souhaiteraient avoir cette possibilité, mais de nombreux freins existent.

Selon certains, les avantages du télétravail sont pourtant nombreux : un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, une augmentation de la productivité, moins de stress, moins d’absentéisme, moins de perte de temps dans les embouteillages, moins de pollution, etc.

Il existe bien sur des désavantages auxquels il convient de faire attention.

De son coté, Monsieur le Ministre dispose-t-il de chiffres concernant le recours au télétravail ? Quel est son avis sur ce concept ? Existe-t-il un encadrement de cette forme de travail ? Celle-ci est-elle mise en avant ? Des mesures existent-elles pour réduire les nombreux freins ? Quelles sont la politique et la stratégie du Forem par rapport à ce type de travail ?

Réponse du 04/04/2012

  • de ANTOINE André
Longtemps flou, le concept de télétravail est bien connu depuis quelques années : il s’agit d’un travail qui s’effectue, dans le cadre d’un contrat d’emploi, à domicile ou à distance de l’environnement hiérarchique du travailleur, à l’aide des TIC. Désormais, le concept est encadré juridiquement au niveau européen (accord cadre européen sur le télétravail du 16 juillet 2002) ainsi qu’au niveau belge (convention collective de travail n° 85 du 9 novembre 2005). Enfin, l’évolution des TIC (cloud computing, serveurs à distance, smartphones?) rend à présent tout à fait possible l’exécution du travail à distance.

Malgré ces facilités à mettre en place le télétravail, la part d’actifs en Belgique le pratiquant régulièrement semble relativement stable (14% en 2009 et 2010 et 16 % en 2011 (1)). L’écart reste toutefois important avec des pays comme les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou la Norvège. Selon une étude américaine, 30% des travailleurs des pays industrialisés opéreront de chez eux deux ou trois jours par semaine en 2019 (2). La tendance semble être plus lente en Belgique.

Parallèlement, la proportion d’actifs souhaitant pratiquer le télétravail reste également stable dans le temps (56 % des actifs en 2011).

Les conditions technologiques sont disponibles. L’envie des travailleurs existe. Toutefois, des réticences émanent encore, aussi bien du côté patronal que du côté des représentants des travailleurs.

Certains salariés craignent une trop grande intrusion de la sphère professionnelle dans la sphère privée, en dehors des heures habituelles de travail et, par là, une augmentation de la durée réelle du travail, des horaires atypiques, voire un stress lié à l’augmentation des sollicitations. Le risque que l’installation informatique liée au télétravail soit prise en charge par le travailleur est aussi évoqué.

Du côté patronal, la principale crainte liée à cette pratique est de voir l’efficacité du salarié diminuer. Cette attitude est facteur de la culture d’entreprise et souligne le poids persistant des structures traditionnelles d’organisation du travail héritées du taylorisme, peu ouvertes à la gestion de l’autonomie, au travail en réseau et à la flexibilité des horaires.

La faible part de télétravail par rapport à certains pays européens s’explique aussi par la structure de l’emploi, où des secteurs importants n’ont pas la culture du télétravail ou la possibilité de pratiquer celui-ci : l’Horeca, la construction, l’industrie manufacturière, la santé? Traditionnellement, le travail à domicile se pratique davantage dans les fonctions liées aux TIC, à la finance ou à la comptabilité (3).

Tous ces freins ne doivent pas faire oublier les bénéfices qu’une entreprise peut retirer du télétravail : gains environnementaux et économie de carburant et gains de productivité : 60 % du temps gagné sur les déplacements est consacré à l’activité professionnelle et gain sur certaines dépenses publiques (dans le cas de certains congés maladie ou parentaux) (4).

De plus, le télétravail représente pour les entreprises (privées comme publiques) une réelle opportunité pour adopter un management plus moderne, centré sur l’atteinte d’objectifs et la responsabilisation personnelle.

Le Forem, conscient des nombreux avantages de ces nouveaux modes de travail, étudie la possibilité de développer du télétravail au sein de son organisation. Cette étude porte principalement sur les agents travaillant au siège central, les plus souvent amenés à effectuer de longues distances entre leur domicile et leur lieu de travail.

Ce projet vise différents objectifs pour l’organisation : réduire les coûts de fonctionnement du Forem, améliorer l’efficacité de l’organisation, réduire l’empreinte écologique de l’organisation, permettre aux agents du Forem une meilleure optimalisation de leur temps et un plus grand équilibre entre vie privée et vie professionnelle.

La mise en ?uvre effective d’un tel projet nécessiterait toutefois pour le Forem un investissement de départ important, notamment en termes de développement des technologies informatiques permettant ce type de pratique et de réorganisation des modes de travail actuels.

(1) Selon les enquêtes Jobat.be
(2) K. LISTER, T. HARNISH, Workshifting Benefits : The Bottom Line, Carlsbad, 2010.
(3) Source : Jobat.be
(4) A.-Y. PORTNOFF, Les entreprises au défi de l’ubiquité dans Futuribles, N°372, mars 2011, p. 43-52.

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